Figuig
Mercredi 11 à samedi 14 avril – FIGUIG ;
Nous voici pour quelques jours à Figuig oasis à l’extrémité sud-est du Maroc, à l’endroit où la frontière décrit un angle de 90° au Maroc et 270° en Algérie, allez savoir pourquoi ?
Les guides de voyage ne consacrent pas plus de 2 pages à cette ville de 14 OOO habitants constituée de 7 ksour occupant le pourtour d’une cuvette elliptique de 20 Km2
Vue sur l’oasis. Au loin les sommets qui matérialisent la frontière
Chaque ksar que nous identifions plutôt comme un quartier de la ville entouré de murailles était le siège d’une tribu ou d’une communauté qui, au Moyen-âge rivalisait avec ses voisines. Aujourd’hui, ils sont soit séparés d’une distance de quelques centaines de mètres ou quelque kilomètres, soit délimités par une simple route. Il nous faudra un guide pour pouvoir distinguer ces entités. Françoise et Daniel Barbosa dits « Chibani » sont d’accord pour que nous prenions comme guide un employé de l’hôtel FIGUIG qui propose de nous accompagner en camping-car pendant une journée pour 100 dirhams.
Aux alentours de Figuig
Nous commencerons par la célèbre source souterraine de Ksar El Hammam El Foukani, étroit conduit dans lequel on respire dès les premiers mètres une atmosphère de chaleur moite et Gaby qui suffoque ressort immédiatement. Un escalier de 105 marches où on tourne d’un quart de tour à droite toutes les 4 marches aboutit au bassin qui termine la construction. Le temps que notre regard s’habitue à l’obscurité vaguement éclairée par deux bougies posées dans des niches, on aperçoit un bassin d’environ 3 mètres sur 2 où se baignent deux Marocains dont on n’avait perçu les voix qu’arrivés aux 20 dernières marches. Ils sont en short, de l’eau jusqu’au bas de la poitrine et l’un d’entre eux m’invite à venir les rejoindre dans cette eau claire à 26 degrés (le Routard et les autres guides annoncent 33°, aurait-elle refroidi ?). Dommage, je n’ai ni short, ni maillot de bain ni serviette sinon j’aurais volontiers accepté. L’eau arrive par une petite rigole à gauche de la pièce sur le bord de laquelle se promènent 2 ou 3 cafards. Je tente vainement de prendre des photos avec l’assentiment des baigneurs. Aussitôt essuyé, l’objectif se couvre de buée et le flash refuse de fonctionner. Je n’aurai pas d’autre souvenir que celui de ma mémoire. Habitués à l’air chaud saturé d’humidité, nous remontons bien plus rapidement et ressentons avec plaisir la relative fraîcheur de la surface.

De la terrasse qui surplombe le Jbel Jorf, on admire longuement la vue sur la palmeraie pendant que Chibani, resté sur un parking, fait visiter son camping-car à des lycéennes ébahies par cette maison ambulante. A plusieurs reprises des enfants et adolescents étonnés nous demanderont si c’est notre maison et s’ils peuvent la visiter. Les plus surpris seront ceux qui, à notre départ, voient le marchepied électrique se replier seul sous le châssis…Tête inoubliable !

Près du quartier « moderne » qui surplombe la palmeraie se trouve un minaret du IXe siècle de forme polygonale, des bains de printemps et d’été alimentés par des sources aujourd’hui taries et un grand espace baptisé centre international où se dérouleront ce week-end les spectacles des deuxièmes rencontres culturelles de Figuig.
Après un arrêt chez un marchand de légumes et dans une épicerie-bazar, nous empruntons une série de pistes qui nous mènent en surplomb d’un oued entouré de verdure qui délimite la frontière Maroc-Algérie que notre guide Mohammed me déconseille d’approcher. Nous mangeons sur le plateau aride face à l’oued et à la montagne qui domine l’autre rive.

La visite du ksar suivant nous entraîne dans un dédale de ruelles étroites et couvertes où nous ne serions pas allés seuls même si ne se pose aucun problème de sécurité, les personnes rencontrées nous saluant courtoisement et nous remerciant quand on s’écarte pour les laisser passer à vélo. Les habitations qui bordent continûment ces ruelles sont construites en pisé, matériau bien adapté aux conditions climatiques locales et ne présentent aucune autre ouverture visible que la porte d’entrée. Mohammed nous fait visiter une belle demeure rénovée qui s’élève sur un étage et une terrasse sur laquelle est posée une énorme cuve noire qui fait un effet bizarre près d’un minaret dans le proche voisinage. Cette maison sert d’auberge et on peut entrer dans quelques chambres ouvertes, un lit sommaire, un petit coin toilette avec WC et lavabo, sans rencontrer aucun propriétaire ou locataire.

La visite se termine à la palmeraie où notre guide nous montre deux grands réservoirs d’eau d’environ 15 mètres sur 8 et 3 mètres de profondeur. Ils sont alimentés par des sources venant des hauteurs et les propriétaires en tirent un revenu en vendant l’eau distribuée derrière des vannes par un réseau complexe de rigoles dont les principales sont construites en dur et les petites creusées dans le sol. Le « gardien de l’eau », avant d’alimenter une parcelle mesure à l’aide d’une grande perche la hauteur d’eau dans le bassin qu’il matérialise par un trait. Ensuite, à l’aide d’une branchette de 8cm de long environ, il trace sous le premier un second repère qui correspond à une heure d’alimentation facturée 25 dirhams. Le gardien de l’eau est rétribué en temps d’arrosage de ses propres parcelles. Ce système traditionnel semble accepté par tous, mais il a surtout l’air de bien enrichir les propriétaires de bassins.
Pendant nos promenades seuls dans la palmeraie, nous verrons beaucoup de bassins à sec, abandonnés, des parcelles non cultivées, alors que d’autres bassins sont en construction. De nombreux terrains sont arrosés par des rigoles qui viennent directement des hauteurs de la ville et parviennent dans les parcelles par un complexe réseau de rigoles semblables où l’eau dévale par gravité et s’oriente à l’aide de petits barrages en terre et en chiffons.
Des briques de terre sèchent au soleil

Nous découvrons aussi la ville à pied, je fais parfois les courses à vélo et ce samedi matin j’ai bu le thé chez un réparateur de cycles que j’ai invité à venir nous voir au camping proche de son atelier. A 14 heures 30 alors que nous prenions le café, il a préféré boire du vin blanc, mais après trois petits verres, ses raisonnements et explications étaient nettement moins compréhensibles que le matin.
Ce soir, à partir de 20 heures, nous allons au spectacle où se produisent 5 groupes de musique traditionnelle dont un nigérian très enthousiasmant et 4 marocains dont les mélodies répétitives nous paraissent lassantes. L’un d’entre eux exécute une danse au cours de laquelle deux guerriers tournent autour d’une jeune femme qu’ils se disputent symboliquement au rythme cadencé des sabres croisés au-dessus de sa tête. C’est plus attrayant mais long pour nos sens habitués aux mélodies et chorégraphies moins répétitives.
Nous nous sommes fait remarquer en arrivant en retard et en fendant la foule avec nos sièges pliants, car il n’y avait que des bancs tous occupés et des centaines de spectateurs debout, mais nous avons été très bien accueillis et placés près d’un petit palmier autour duquel il restait un peu d’espace. Le cadre est fabuleux : une grande scène bien éclairée et parfaitement sonorisée sur une place entourée de palmiers avec en toile de fond d’anciennes constructions en terre à demi effondrées et tout au loin des sommets du désert.
Bizarrement vers 23 heures alors que monte en scène un groupe Gnaoua d’Oujda qui « déménage », la grande majorité des spectateurs partent, ne laissant sur place que les jeunes debout sur les bancs. Nous rentrons nous aussi et le concert se termine à peine½ heure plus tard. On nous explique qu’il est l’heure de rentrer manger ! ?
Nous passons notre dernière nuit à Figuig. Ma voisine de gauche au concert, une femme d’une quarantaine d’années nous avait fait inviter (toi et ta madame) par sa fille qui parle français, à passer boire le thé chez elle le lendemain matin vers 10 heures. Elle habite près de la banque, mais comme il y a deux banques à Figuig et que nous partirons après 11 heures, nous ne la reverrons pas.