De Saïdia à Figuig

Publié le par minervois

Mardi 10 avril

 

     Courses obligées au souk très sympathique de Saïdia où un marchand de légumes fait pour moi les achats de fruits qu’il n’a pas. Prix normaux. Comme je souhaite aller voir le poste frontière qui se trouve non loin de là, un jeune ami ou parent du marchand m’accompagne après m’avoir invité à déposer les deux sacs de provisions qu’en stupide touriste méfiant je m’apprêtais à emporter. Nous empruntons un étroit passage boueux pour découvrir sur la droite une bâtisse blanche au sommet de laquelle veille un homme en armes. Lorsque nous poursuivons notre chemin vers l’oued qui délimite les territoires marocain et algérien, le guetteur pointe vers nous son fusil en vociférant des paroles qui ne sont pas de bienvenue. Palabre avec mon jeune guide, le fusil se baisse et le ton devient plus amène. Nous franchissons les quelques mètres d’un vague sentier pierreux et nous voici au bord du petit oued à sec, parsemé de détritus et ponctué des trop habituels sacs en plastique noir. De l’autre côté c’est l’Algérie où il est maintenant interdit de pénétrer, du moins à portée de vue et de fusil des postes douaniers. De retour au souk, je récupère mes sacs, discute encore un moment et rejoins Gaby qui dans le camping-car trouve que j’ai été bien long à acheter mes fruits et légumes.

 

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Commencent les paysages désertiques

 

 

 

         Nous empruntons la route vers Oujda, goudronnée et roulante sauf dans les villages qu’il est prudent de traverser à 40 Km/h. Six Km avant la ville, une bifurcation indique déjà à droite la direction de Figuig. Nous décidons toutefois de faire le plein de carburant à Oujda car dans ces zones frontalières et bientôt désertes, on ne sait combien de centaines de kilomètres il nous faudra parcourir avant de trouver une station qui délivre du gazole de bonne qualité. Retour à l’embranchement et pendant 80 km la route sinueuse mais bonne, franchit un petit col puis nous mène à Aïn Benimathar.

 

 

 

      De là jusqu’à Tendara, 185 KM puis de Tendara à Bouârfa, 70km le long ruban d’asphalte rectiligne traverse une étendue où n’apparaît aucune trace d’habitat structuré, seulement de loin en loin quelques tentes nomades et parfois un maigre troupeau de chèvres et de moutons gardé par un berger venu d’on ne sait où, une immensité plate, aride, minérale à perte de vue à l’est vers l’Algérie comme à l’ouest dans les profondeurs du Maroc, alors que nous roulons plein sud et l’on comprend pourquoi la carte Michelin ne matérialise aucune frontière au milieu de ce nulle part où rien ne semble pouvoir exciter la convoitise de qui que ce soit mais où parait-il s’égrènent quelques postes frontaliers où j’imagine des guetteurs somnolents affalés sur leur fusil scrutant mollement l’horizon infini dans l’attente sans limite de l’improbable distrait qui se serait fourvoyé au milieu de cette vacuité pour une raison qui dépasse l’entendement, peut-être par fascination mystique pour ce désert qui ne peut laisser indifférent tant il peut susciter par son calme et sa violence de sentiments puissants et contrastés, de la peur à l’émerveillement, de l’attirance à la répulsion de la plénitude à l’agitation et me voici à l’instar de Friedrich Dürrenmatt dans « La Mission ou De l’observateur qui observe ses observateurs » que je n’ai pas encore lu et qui consacre au désert 24 chapitres constitués chacun d’une seule phrase, me voici rêvant d’une semblable tentative tant il me paraît que le désert dans sa diversité et son uniformité s’affranchit de toute ponctuation forte et incite à une prosodie qui cherche à s’éterniser.

 

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     Mais reprenons la route qui après Bouârfa ouvre une perspective vers un autre Sahara, montagneux avec ses sommets et ses reliefs tabulaires, dans le lointain d’abord puis aux alentours dès qu’on approche l’oasis de Figuig. De la verdure apparaît, des fleurs mauves et jaunes au bord de la route et 5 Km avant la ville, nous avons droit à notre deuxième contrôle de gendarmerie qui s’ajoute à celui de police. Chaque fois, les choses se sont passées rapidement et courtoisement, les autorités appréciant que nous ayons préparé nos fiches personnelles détaillées ce qui leur évite une copie fastidieuse des données du passeport que du coup ils ne vérifient même pas.


Au camping, à l'ombre d'un olivier

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       D’emblée, Figuig nous plaît par son atmosphère, l’espace et les installations de l’hôtel réservés au camping-car, propres et accueillants, la proximité de la palmeraie, le souk entrevu en passant et la perspective de visiter les ksour et de flâner à l’ombre des palmiers.

La soirée s’achève tard après un repas de rougets et dorades avec un mélange de fèves tendres comme jamais et de légumes variés.

 

      Il fait doux à 23 heures (1 heure du matin en France) et maintenant commence vraiment le charme du dépaysement.

 

 

 

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L
<br /> Bonsoir,<br /> Je vois que le désert vous fascine... à lire l'envolée lyrique.<br /> Amicalement.<br /> Huguette et Paul<br /> <br /> <br />
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