Tiznit-Dakhla
Vendredi 4 mai
Tiznit-Afkenir, la courbine d'argent
Bonne surprise ce matin. Notre petit déjeuner est interrompu à 9h1/2 par l’arrivée de Mohammed, le tapissier qui rapporte mon siège chauffeur, habillé et parfaitement remonté. Son jeune employé revêt sur place le siège passager et il ne reste plus que les repose-tête à terminer. A 11 heures, tout est en place et c’est du plus bel effet. Deux couples de camping-caristes qui viennent d’arriver admirent le travail et la qualité du tissu. Ils passeront commande eux-aussi. Je règle la facture (1600 dirhams, environ 150 euros auxquels j’ajoute trois bières en signe de satisfaction). Mohammed est lui aussi très heureux de la transaction et nous embrasse tous les deux. On ne sait pas s’il nous est le plus reconnaissant pour le prix payé (qui nous semble dérisoire), pour la manifestation de notre contentement ou de lui avoir envoyé d’autres clients. En tous cas c’est un échange réussi de part et d’autre et ça nous réjouit.
Après quelques achats au supermarché, le plein de butane directement à l’usine (40 Dirhams + 10 de pourboire) et le plein de carburant nous mettons le cap plein sud.
De Tiznit jusqu’à Guelmim, les paysages sont variés, moyenne montagne agrémentée d’arganiers et parfois de cactus. Peu avant le centre de Guelmim, Gaby voit deux camping-cars arborant le logo du site. Ce sont des habitants de Gerardmer avec qui nous discutons un moment avant de stationner sur une place tranquille pour manger une salade de pommes de terre avec des sardines cuites au citron
C’est jute après Guelmim que commencent les paysages désertiques toujours semblables et toujours changeants que je finis par ne plus trouver monotones. La route emprunte d’abord une large vallée entourée de sommets arrondis, à perte de vue à l’est comme à l’ouest. Il reste un semblant de végétation constitué de touffes de buissons épineux qui ponctuent l’immensité. Peu de villages traversés ou indiqués jusqu’à Tan-tan où on arrive après avoir franchi un petit massif montagneux. On oblique alors vers le sud ouest pour rejoindre El Ouatia puis longer l’océan.
Des camions surchargés en route vers le sud
On pense bivouaquer à l’embouchure de l’oued Chebika, vaste estuaire limité au nord par de belles dunes et au sud par une falaise qui surplombe un paysage de rêve. Mais nous y sommes seuls et le vent souffle si fort qu’on serait sûr de ne pas dormir. Dommage ! Nous poursuivons jusqu’à l’oued Ma Fatma, plus abrité où séjournent quelques camping-caristes amateurs de pêche, mais l’endroit nous plaît moins et quitte à être vraiment à l’abri du vent nous décidons de faire étape au camping « La courbine d’argent » à la sortie d’Akhfenir.
A l'embouchure de l'oued Chebika
Là, on nous propose un repas complet, apéritif et vins compris à 150 dirhams par personne. C’est l’occasion de manger à la même table que 5 Français retraités qui passent une semaine de pension complète avec pratique quotidienne de la pêche dans une lagune proche. On mange entre autres bonnes choses une courbine de 3,5 kg pêchée l’après-midi même par l’un d’entre eux. Soirée très agréable avec ces septuagénaires alertes qui, tous, ont vécu leur enfance ou leur adolescence à Casablanca et qui retrouvent le Maroc avec plaisir.
Samedi 5 mai
Nous prenons une bonne douche chaude car il n’est pas certain que nous trouvions de sitôt un confort semblable et vers midi nous décidons de nous rendre à la lagune de Kniffis-Naïla où sont organisés les séjours de pêche. Le paysage est beau avec au premier plan cette longue lagune où vivent des colonies de flamants roses et au loin les immenses rouleaux de l’océan battu par un vent qui n’a pas faibli. Une petite barque accoste avec à son bord un unique pêcheur qui nous ignore d’abord puis nous invite à venir chez lui, à deux pas, pour nous vendre du poisson. Il a de grosses soles ; j’en achète deux pour 30 dirhams. et nous reprenons la route vers Tarfaya pour y déjeuner.
La ville envahie par le sable nous paraît encore plus agonisante que l’an dernier. Seule une très large avenue la traverse jusqu’au port, tous les autres accès ne sont que sable, amas de sables, dunes de sable en formation. Le port lui-même où nous faisons notre pause ne présente d’autre activité que celle des engins de désensablement. Si ce n’était une escale de l’aéropostale rendue célèbre par Saint-exupéry, on n’en parlerait probablement pas.
Il nous reste moins de 100 km pour arriver à Laâyoune, ville de garnison sans charme particulier que nous traversons pour nous rendre à El Marsa, le grand port sardinier qui nous avait tant plu l’an dernier. Pendant la vingtaine de kms qui séparent la ville du port, c’est la traversée de dunes, le désert que Gaby aime mais qui par ce jour de grand vent fait sûrement moins plaisir à mon filtre à air obligé d’affronter ces nuages de sable qui traversent la route. Au port de pêche, peu d’animation, c’était prévisible car nous sommes samedi. Pourtant, un jeune homme à cyclomoteur nous interpelle en nous proposant du crabe. Nous le suivons jusqu’à l’une des digues. Il descend sur les rochers, tire un cordage relié à un petit vivier et en sort un sac d’araignées de belle taille. Comme nous lui demandons le prix, il nous laisse entendre qu’il préfère les troquer contre de l’alcool : dans le sud, c’est une denrée très recherchée. Je lui propose deux bières contre un crabe. D’accord, mais il veut m’en vendre d’autres contre du whisky. Il ramène deux petits crabes qu’on refuse puis retourne en chercher des gros. Entre-temps arrive un autre jeune qui me tend un poisson de 600 grammes. Contre une bière ? D’accord. Le premier revient avec deux belles femelles, mais un policier en tenue s’est approché. Qu’importe, je donne au vendeur un fond de bouteille de whisky et au policier une bière dont il me remercie.
Ce soir, nous mangeons de l’araignée, le poisson est au frigo pour demain. J’espère que plus au sud, la langouste se troque !!!
Dimanche 6 mai
A Foum el Oued, station balnéaire à 20 km de Laâyoune, le camping Nil est un désert en réduction. Trois hectares entourés d’un mur de 2 mètres de haut, un sol sableux assez dur pour circuler, pas un centimètre carré d’ombre et toujours un vent de nord qui souffle, siffle et soulève une fine poussière de sable qui obscurcit même l’horizon. Nous y sommes seuls, abrités derrière un petit bâtiment pompeusement nommé « Salle de thé » qui sert de débarras. Nous avons tout le loisir de préparer notre poisson, faire une pause rangement - nettoyage, attendre le résultat des élections présidentielles.
Lundi 7 mai.
Nous quittons le camping Nil vers midi pour une courte étape. Moins de 200 km jusqu’à Boujdour où nous arrivons pour déjeuner vers 14 heures. A l’entrée de la ville bien plus grande que ce que nous attendions se dresse une arche décorée d’autruches et de dauphins.

Juste avant un contrôle de police où nous fournissons les fiches préparées dont l’agent est très satisfait. Mais il demande aussi nos passeports pour aller dans sa cabane vérifier on ne sait quoi, revient nous souhaiter bon voyage. Et d’ajouter :
« - Vous n’auriez pas un petit cadeau de France pour moi ?
-
Quelle sorte de cadeau ?
-
Du whisky ou de la bière.
Comme on lui donne une bière, il ajoute :
-
Et une pour le chef s’il vous plaît.
Je prétends qu’il ne nous en reste plus.

Pendant que je vais photographier l’arche et ses animaux, le chef vient réclamer sa bière à Gaby qui la lui donne. Désormais nous dirons que nous ne buvons pas d’alcool, sauf cas exceptionnel, troc par exemple.
Ensuite, au flair, nous aboutissons au port où règne un grand calme. Des centaines de barques bleues de 5 à 6 mètres, alignées sur le sable et personne. Si, d’une petite cahute blanche en planches arborant l’inscription « Marine royale » sort un homme en uniforme qui nous souhaite la bienvenue, nous autorise à stationner (mais pas à photographier les barques, c’est interdit !!) et nous demande de l’eau pour faire du thé. Comme nous lui donnons une bouteille non capsulée, il nous en demande la provenance : Tiznit, alors c’est bon. Il est interdit de prendre la mer depuis trois jours à cause du vent. Nous mangerons donc seuls dans ce port désert.
Le port désert de Boujdour
Boujdour, le "bâtiment" de la Marine Royale
Sur la route de Dakhla, à quelques km de Boujdour, un contrôle de gendarmerie comme nous en connaîtrons une bonne quinzaine dans le sud. Bref questionnaire, pas de papiers à fournir et nous poursuivons notre route sans nous apercevoir que c’est à cet endroit qu’il fallait prendre une piste à droite vers la mer pour aller au camping. C’est au retour que nous le repèrerons. Un peu plus loin, nous comprendrons que nous nous sommes trop éloignés, mais comme il n’est pas tard et que Dakhla n’est plus qu’à 300 Km, à peine plus de trois heures, nous décidons de continuer.
300 km de route heureusement à deux voies, au milieu du plat désert à perte de vue vers l’est jusqu’à l’horizon, parfois la côte avec ses falaises découpées à l’ouest. Quarante kilomètres avant Dakhla, on quitte la route sud qui conduit 350 km plus loin à la frontière mauritanienne et on s’engage à droite sur une langue de terre bientôt bordée à gauche d’une grande lagune et à droite de l’océan. Mais comme cette presqu’île est large au début, on n’aperçoit pas encore d’étendue maritime. En revanche, de tous côtés, des dunes dont le relief est accentué par le soleil déclinant, une étendue lunaire sous un éclairage glauque et un ciel assombri par les particules de sable qui ternissent l’atmosphère.
Avant Dakhla, l'atmosphère voilée par des particules de sable
Sans nous concerter, nous pensons, Gaby et moi « Ce paysage fait peur » et pour ma part, c’est la première fois que j’éprouve cette sensation. Désert, figé, sombre, sans vie, avec un vent sifflant, hurlant, soulevant une poussière omniprésente, ce lieu semble présager la survenue d’un événement tragique. Rien de semblable n’arrive évidemment et il est presque 19 heures lorsqu’on aperçoit sur la gauche au km 26 avant Dakhla deux véhicules stationnés sur un grand parking, un camping-car et une grosse camionnette aménagée. Nous allons stationner là pour cette nuit, tout près d’une belle plage donnant sur la lagune, et nous verrons demain si l’impression change. Pour le moment, le vacarme du vent se mêle aux aboiements de quelques chiens errants et ce n'est guère accueillant.
Quelques Km avant dakhla, la nuit tombe
